Association Ila Souria
Syrie : reconstructions, immatérielles et matérielles ?
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Syrie : reconstructions, immatérielles et matérielles ?

Au moment où nous rédigeons la présentation de ce colloque, la Syrie se trouve plongée depuis près de deux ans dans une guerre à plusieurs visages qui anéantit sa population et ravage ses paysages naturels et urbains. Ne pouvant nous permettre d’attendre l’issue de ce conflit, encore imprécise, et qui risque de déboucher sur une période, longue sans doute, de confusion, de désordres, de conflits d’intérêts, nous nous devons d’aborder dès maintenant la question de la reconstitution et de la reconstruction de ce pays millénaire.

En privilégiant l’angle pédagogique ou l’art d’éduquer, nous souhaitons rassembler les méthodes adéquates et les pratiques d’enseignement et d’éducation appropriées dans tous les domaines où l’humain occupe le cœur des problématiques et ses évolutions individuelles et collectives et les moyens d’y répondre. Inopportun pour certains, crucial pour nous, que de commencer dès maintenant, de suite, à penser à ces problématiques, et ce, en amont de tout projet réel et effectif de (re)construction en nous situant dans une posture académique, théorique et scientifique, loin de tout discours et intérêt idéologique, communautaire, mercantile, financier et économique ; avec une autre façon de penser, un mode de concept différent, des approches singulières pour esquisser de nouveaux horizons, éthiques et viables.

Cet impératif, vif, vital, réel, de “(re)penser“ différemment, nous attribue des responsabilités considérables qui correspondent tout à fait à la révolution en cours, dans sa dimension culturelle qui reste à affiner et à affirmer. Reconstituer pour reconstruire / Reconstruire pour reconstituer, à travers et avec de nouvelles approches pédagogiques destinées autant aux nouvelles générations d’étudiants qu’aux pédagogues eux-mêmes sans écarter la population civile, ce “grand public“ avec qui nous nous devons d’agir. Reconstruire pour  « rétablir dans son état originel » ou/et « imaginer quelque chose autrement », un acte lié au temps qui vient après un conflit qui aura détruit toute une partie d’un pays et que l’on doit justement reconstruire.

Reconstituer ou se reconstituer pour redonner la forme primitive à une chose à partir d’éléments fragmentaires ; entre restauration, restitution, réparation et rétablissement. Reconstruire pour améliorer, rebâtir, recomposer, recréer, refaire, réorganiser, rétablir. Des questions aussi urgentes que cruciales se posent à nous quant à ces problématiques et ce dans tous les champs d’intervention du possible, pluri et transdisciplinaires : Faut–il attendre l’instauration d’une paix “totale“ pour aborder la reconstruction ou est-ce que ce sont justement les initiatives visant à se remettre à rebâtir qui peuvent encourager la mise en œuvre d’une “certaine“ paix ?

Quand commence-t-on à restituer ? Quand commence-t-on à reconstruire ? Quelles sont les étapes de la restitution ? Quels sont “les temps“ de la reconstruction ? Que reconstruit-on ? Comment reconstruit-on ? Avec qui reconstruit-on ?  Par quelles méthodes les acteurs “intérieurs“ : populations locales, société civile, organismes représentatifs publics,  intervenants privés …. et les acteurs “extérieurs“ : les institutions internationales, la communauté internationale, les organisations non gouvernementales, les multinationales, etc. pourront-ils s’interpeller, discuter, disputer, parvenir à des compromis ?

Questionnements que nous voudrions commencer à aborder lors de cette première édition d’Ila Souria sous des faisceaux académiques et scientifiques, autant théoriques que pratiques, basés sur des expériences passées dans des pays détruits par des conflits armés ou des catastrophes naturelles comme l’Afghanistan, la Bosnie-Herzégovine, le Liban, l’Irak ou Haïti, et aussi grâce et surtout au vécu des syriens eux-mêmes.

Réflexions pour approcher une reconstruction pensée et planifiée qui soit avant tout un projet de société en identifiant et en favorisant les facteurs de paix pour agir ensemble sur ce dessein mouvant et si incertain, entre survie et idéal, entre continuité et imaginaire, entre survivance et utopie.

Nous sommes donc résolus à surmonter le temps de l’incrédulité, de la stupéfaction et de la consternation pour aborder cette problématique avec modestie et une grande prudence, et nous sommes prêts à affronter les difficultés de concilier la réflexion, lente, documentée, interrogative, avec l’urgence des mises en œuvre pour esquisser de nouvelles perspectives avec des changements radicaux de concepts. Ainsi, à partir des champs de ruines s’attaquer à des temps de renaissance des infrastructures, des bâtiments publics, des logements, des moyens de transport, etc..

L’objectif n’étant pas uniquement de remettre sur pied des bâtiments, des ministères, des services économiques, des secteurs divers mais bien de rebâtir une société, un état, une nation. S’attacher autant à « réparer » les dégâts matériels qu’immatériels. Ceux à l’aspect tangible, qui touchent aux nécessités de la vie quotidienne et aux moyens d’existence, ceux que l’on identifie aisément ; ces dégâts visibles, en terme de destruction et de détérioration qui concernent aussi et surtout l’ensemble de l’économie du pays.

Et ceux à l’aspect intangible comme la désagrégation des tissus sociaux et économiques et qui sont décisives à traiter sur du long terme pour pouvoir retisser des liens psychiques, physiques, économiques et sociaux, véritables attaches indélébiles et durables d’une société syrienne à reconstruire sur des bases saines et viables. De nombreux acteurs se mobilisent, depuis des mois déjà, essentiellement sur l’aspect économique du coût de la reconstruction, de l’assistance, de l’investissement, d’autres sur les aspects législatifs, constitutionnels…

Notre rôle, préliminaire à toutes ces actions, à travers ces rencontres, est de définir, de contribuer à définir, autant que faire se peut les nouvelles bases sur lesquelles ces projets, ces plans, et donc les acteurs sociaux, économiques, législatifs, pourront – devront – s’appuyer. Sans ce travail, le risque est grand de laisser faire du replâtrage et de tomber rapidement dans de cruelles désillusions : refaire, bâcler, perdre le contrôle des territoires, avec des projets décidés par des intérêts opaques tentés par de nouveaux marchés, ou des préoccupations communautaires, sans aucune conscience ni aucune attention réelle envers les aspirations de la population syrienne ni du devenir du pays.

Une tâche abyssale nous attend et toutes les compétences, les expériences, les observations, les pratiques, les recherches liées à ces questions de reconstitution et de reconstruction seront les bienvenues pour esquisser la mise en place de fondations aptes à recevoir les assises d’une Syrie autre, autrement.

Association Ila Souria, Février 2013


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